Comment préparer mentalement votre leadership

Préparer mentalement leadership

« Préparer mentalement son leadership »… quel intérêt, sinon céder à la mode de la préparation mentale ? Prévue au départ pour les sportifs, cette dernière a fini par séduire toutes les professions touchées par la compétition. Hommes politiques, joueurs d’échecs, chefs d’entreprise, stratèges… et, de manière générale, ceux qui se fixent un objectif difficile à atteindre, font beaucoup appel à des coachs en préparation mentale. Vous connaissez probablement Teddy Riner, le judoka multiple champion olympique, du monde et d’Europe : il a toujours dit que son coach le plus essentiel, c’était son préparateur mental.

Pourquoi donc ? Simple effet de mode ? Charlatanisme ? Ou davantage ?

La préparation mentale : quelle utilité concrète ?

Nous, pauvres petits êtres humains, n’avons pas de griffes, de crocs, de carapace, ou d’autre défense naturelle significative. Notre faculté principale, notre force à nous, est d’ordre mental : c’est notre intelligence. Plus cette force sera développée, meilleur nous serons. Plus nous parviendrons à maîtriser nos émotions, à les canaliser, plus nous nous rendrons maître des situations. Et plus notre intelligence dirigera nos autres facultés, plus nous serons en mesure de diriger les opérations.

De là, nous pouvons facilement déduire l’importance de la préparation mentale. Parfois, dans votre domaine, vous ne serez pas le meilleur, en terme de talent pur ou de préparation physique. Mais vous l’emporterez sur vos rivaux, parce que vous serez mentalement le plus fort. Demandez à Rafael Nadal, qu’on présente comme moins talentueux que Federer. Ou aux joueurs du FC Barcelone, qui ont « mangé » ceux du Paris-Saint-Germain lors de la fameuse « remontada »… pour se faire manger de la même manière par ceux de l’AS Roma, puis de Liverpool. Demandez à Napoléon, qui, encore inconnu, avait su galvaniser les soldats qu’on lui avait laissés pour la campagne d’Italie. Il était censé faire diversion pour les autres armées, supposées bien meilleures… mais ce fut lui qui remporta la guerre.

Je ne suis pas préparateur mental. Mais il se trouve que j’en connais un, et un bon : l’un de ceux qui ont préparé Madeleine Malonga, championne du monde de judo, encore. Il m’a livré quelques pistes que nous pouvons appliquer à n’importe quelle forme de leadership, et que je me fais un plaisir de vous livrer ici.

Définissez votre identité

Pour préparer mentalement votre leadership, il va vous falloir tout d’abord réfléchir à qui vous êtes. Rien que cela. Vaste programme, n’est-ce pas ?

Rassurez-vous, il ne s’agit pas ici de vous plonger dans une longue quête métaphysico-subliminale du “moi profond” 😉 Au contraire, il s’agit de ramasser en quelques mots, en quelques phrases, l’essentiel de votre identité. Et contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce n’est pas si compliqué. Promis, dans une vingtaine de minutes, vous serez bluffé par vos résultats ! De plus, pour vous aider, je vous accompagnerai avec l’exemple d’un ami élu local (intègre, si si, ça existe encore) qui a déjà effectué ce travail. Et si, au pire, vous êtes insatisfait du résultat, dites-vous qu’au moins cela ne vous aura coûté que vingt minutes de votre vie. Libre à vous de poursuivre ou pas ! 🙂

Identifiez votre “raison d’être”

Soyez sincère. Pour les étapes qui vont suivre, ne perdez pas trop de temps à réfléchir. Consacrez-leur le temps nécessaire, mais n’y passez pas non plus trois heures : il est primordial que l’exercice reste naturel. A trop réfléchir, vous risquez de vous perdre. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une séance chez le psy (votre portefeuille en sortira d’ailleurs indemne).

Penchez-vous maintenant sur les deux premières étapes :

  1. Identifiez vos trois valeurs principales : c’est-à-dire, parmi tout ce qui « vaut » quelque chose, les trois réalités immatérielles qui se rapprochent le plus, pour vous, de ce qui est « bien », ou « bon ». Autrement dit, les trois réalités que vous possédez et grâce auxquelles vous estimez valoir quelque chose. Pour mon ami, qui nous sert d’exemple, ces trois réalités sont : l’amour de la vérité, la générosité, et le sens du bien commun.
  2. Identifiez ensuite vos trois qualités principales : c’est-à-dire, parmi toutes les qualités qui vous caractérisent, celles qui sont le plus développées. Autrement dit, celles qui ressortent le plus. Par souci d’objectivité, n’hésitez pas à demander aux personnes qui vous connaissent le mieux ce qu’ils en pensent. Et profitez-en aussi pour leur demander vos trois défauts principaux, ça calme un peu le pic d’endorphine ressenti à l’évocation de nos qualités 😉  Chez mon ami, ces qualités sont : la sociabilité, la bienveillance, l’intelligence.
Par pitié, dans l’une et l’autre étape, n’utilisez pas « l’authenticité ». C’est une qualité aujourd’hui galvaudée, et qui s’est malheureusement vidée de son sens. Préférez-lui l’honnêteté, ou la franchise, ou mieux encore : une autre qualité. Car pour que cet exercice soit efficace, êtes sincère est de toute façon un point de départ obligatoire !
 

En vue de quoi ?

A partir de ces éléments principaux, vous allez maintenant pouvoir déterminer votre champ d’action. Pour cela, il va falloir vous poser deux questions :

  1. Qu’est-ce qu’on attend de moi ? C’est-à-dire, autour de vous, dans le cadre de vos relations et de vos devoirs (familiaux, professionnels, amicaux, associatifs, etc.), quels sont les trois résultats principaux qu’on attend de vous. Dans le cas de mon ami élu local, ce sont : l’ordre, la sécurité, la tranquillité.
  2. Qu’est-ce que je veux ? C’est-à-dire, pour vous, quelle est votre mission principale, celle à laquelle sont subordonnées toutes les autres, sans exception. Là, choisissez bien soigneusement : il ne peut y en avoir qu’une ! Pour mon ami, il s’agit de servir le bien commun de sa ville. A noter : cet ami est père de famille. Sa famille est une priorité, mais il part du principe que le bien commun de sa ville « contient » le bien de sa famille, et que ce dernier est garanti par le premier (la sécurité, l’ordre et la tranquillité de sa ville garantissent la sécurité, l’ordre et la tranquillité de sa famille, et c’est ce qui rapporte le pain à la maison).

A l’intersection de ces deux questions, vous trouverez ce que vous devez faire pour vous épanouir, autrement dit : votre mission de vie.

Votre mission de vie

Vous possédez désormais tous les éléments nécessaires à la formulation de votre mission de vie, celle qui fera l’objet de votre leadership. Celle aussi qui le légitimera. Celle qui le renforcera, même dans les pires moments de doute, et lui servira de socle mental. Cette mission, vous allez la formuler en une phrase simple, qui commence par « je », suivi d’un verbe d’action, et enfin de l’objet de votre mission, sous forme de mot simple ou de groupe de mots, comme vous voulez, pourvu qu’il reste court et précis.

Pour mon ami, cette phrase donne : « je fais grandir ma ville et ses habitants ».

Prenez mentalement possession de votre mission de vie

Le fondement de l’état d’esprit du gagnant consiste à se dire qu’on est l’homme (ou la femme) de la situation. Que cette situation, c’est notre situation. Qu’on a ce qu’il faut pour la gérer. Qu’on est taillé pour. Tout en étant réaliste : nous allons souffrir, nous allons prendre des coups, nous allons douter. En face, il se présentera des adversaires. Ils seront peut-être bons, peut-être brillants. Techniquement, ils seront peut-être meilleurs que nous. Mais il leur manquera ce qui NOUS caractérise. Ce qui VOUS caractérise. Il leur manquera ces fameuses valeurs, ces fameuses qualités que vous avez identifiées, et qui VOUS légitiment. Qui font votre différence, et qui devront faire, pour vous, la différence.

Cet état d’esprit, ce doit être le vôtre. Sinon, c’est que vous n’êtes pas parvenu à identifier votre mission de vie. Parce que si c’est votre mission de vie, pourquoi ne la mèneriez-vous pas ? Et qui donc pourrait mieux la mener que vous ? C’est peut-être une question de temps, vous devrez peut-être attendre qu’un autre, qui partage cette mission, vous laisse la place, ou vous laisse une place suffisante pour que la mission puisse être menée à plusieurs ; mais cela devra se produire. Après tout, il s’agit de votre identité : si vous traversez la vie sans jamais contribuer à la mission qui est la vôtre, que vous avez définie comme telle, parce qu’elle correspond à ce qu’il y a de meilleur en vous, vous mourrez dans un grand sentiment d’inachevé.

Incarnez votre objectif

Pour incarner son objectif, il faut, en quelque sorte, se marier à lui. Se représenter les avantages à contracter ce mariage, et les avantages à ne pas le contracter. Pour, une fois le choix posé, qu’il le soit clairement et en pleine connaissance de cause. Beaucoup d’objectifs sont auto-réalisateurs, parce qu’on conditionne son esprit aux objectifs qu’on se fixe. Ça ne « marche » pas à tous les coups, parce qu’on se trouve dans le monde réel, pas dans la magie, mais c’est une tendance psychologique lourde, à ne pas négliger. Viser haut, et bien s’imprégner de son objectif. Qu’est-ce que je veux ? Comment vais-je l’atteindre ? Quelles sont mes forces et mes faiblesses ?

N’ayez pas peur du regard des autres. C’est votre mariage, pas le leur. Votre mission, pas la leur. Chacun la sienne, pas de problème, et donc pas de jugement. Vous pouvez lire la phrase suivante à haute voix : « je ne m’excuserai pas d’avoir des valeurs et des convictions ». Bon, si vous n’avez aucune valeur, vous n’êtes pas censé être arrivé à ce paragraphe 😉

Conservez et protégez cet objectif

Le travail que vous venez d’accomplir vous a donné un sens, une voie à suivre et à incarner. Ou l’a confirmée, si vous la connaissiez déjà. En tout cas, vous savez maintenant que votre leadership, s’il n’est pas encore autant développé que vous le souhaiteriez, s’appuie cependant sur une base solide : votre identité. Savoir cela, c’est savoir que votre leadership, quelle que soit sa manière de s’exprimer, est foncièrement, radicalement, fondamentalement légitime.

Vous avez une raison d’être, formulable en une courte phrase, et que vous incarnez à chaque instant. Il ne reste plus qu’à y être fidèle, à s’y accrocher, et à ne jamais la lâcher. Elle sera mise en danger par ceux qui voudront vous empêcher de réussir, ou qui vous jugeront. Ne vous inquiétez pas, vous pouvez sans problème la mettre en première ligne, sans vous exposer. Ce n’est pas vous qui êtes en cause, c’est votre cause qui est en cause. Votre mission, c’est de la servir. C’est de la faire comprendre, d’aider les gens à y adhérer.

Maîtrisez vos émotions

Parmi vos adversaires, ne vous y trompez pas, il y en aura un qui sera plus coriace que les autres : vous-même ! 🙂 Ou plutôt, vos émotions non maîtrisées. Nos émotions peuvent être de puissantes alliées, ou nos pires ennemies, d’où la nécessité de les maîtriser. Quand vous allez bien, servez-vous des émotions positives que vous ressentez. Quand vous allez mal, dissociez-vous de l’émotion ressentie, ne vous appuyez pas sur l’impression et le sentiment qu’elle vous laisse. Prenez du recul, en gardant votre sang froid, tempéré.

N’hésitez pas à travailler l’automatisation de la transformation du négatif en positif. Au bout d’un moment, ça devient un réflexe. Pour cela, amusez-vous à lister sur papier un grand nombre de choses négatives, d’obstacles à vos actions, et à écrire en face la manière positive de voir la chose, l’opportunité que vous pourriez en tirer.

Et en avant !

Bon, il existe des bibliothèques entières consacrées à la préparation mentale, nous n’allons pas tout développer ici. L’objectif était de constater les bénéfices que votre leadership peut tirer d’une préparation mentale, sans que vous soyez obligé de faire appel à un spécialiste. Après, tout le monde n’a pas besoin du même niveau de préparation mentale : si l’appel à un coach vous semble justifié, n’hésitez pas. Mais si ce n’est pas le cas, ne vous focalisez pas non plus sur elle outre mesure : elle doit servir vos objectifs, et non devenir votre objectif.
 
Préparer mentalement son leadership, c’est se donner la vision claire de sa légitimité, pour s’encourager à passer à l’action sans avoir peur de ne pas être à sa place, ou d’être un imposteur. N’hésitez pas à ressortir cet exercice simple de temps en temps, pour faire le point, ou pour vous encourager. Mais surtout n’oubliez pas le principal : votre leadership légitimé une bonne fois pour toute, passez à l’action ! Allez remplir votre mission. Et donnez-nous en des nouvelles ! 🙂
Partagez autour de vous !
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire