Il était une fois… Albert Roche

Deuxième épisode de la série “Il était une fois” ! (pour accéder au premier, c’est par ici) Le nom complet du personnage principal est Albert Séverin Roche, un nom qui fleure bon la vieille France, et qui n’a rien d’original à l’époque. Un nom qui ne présageait aucun destin particulier… et pourtant, son propriétaire l’a inscrit en lettres d’or sur une des pages les plus étonnantes de l’Histoire. Sans plus tarder, intéressons-nous au sort de cet homme !

Albert Roche

D’une origine modeste…

Albert Roche voit le jour le 5 mars 1895, à Réauville, un petit village de la Drôme. Fils de cultivateur, il est le numéro trois d’une famille nombreuse. Son père, Séverin Roche, vit modestement de son métier, mais parvient à subvenir aux besoins des siens tout en prenant soin de les élever dans l’amour de leur pays. Ce deuxième aspect de son devoir paternel est celui qui trouve le plus d’écho chez son fils, lequel rêve de s’engager dans l’armée. Au début, son père prend cette vocation précoce à la légère : sûrement une lubie de petit garçon, fasciné par le combat et la gloire. Mais le petit garçon grandit, et son rêve ne change pas. A l’adolescence, il devient suffisamment solide pour aider aux travaux de la ferme, ce que son père voit d’un bon oeil.

Mais alors que le contexte international s’envenime, et que l’ombre de la Première Guerre Mondiale s’étend sur la France, Albert y voit l’occasion d’accomplir sa vocation. Cette fois, Séverin Roche prend son fils au sérieux, et s’inquiète. Plusieurs fois, il tente de le raisonner : sa place est à la ferme, auprès de sa famille, et puis il est encore bien jeune. Son devoir, c’est de rester !

Le 2 août 1914, lorsque la mobilisation est décrétée, Albert Roche a 19 ans. Plein d’ardeur, il se précipite au bureau d’enrôlement. Là, son enthousiasme s’effondre : le conseil de révision le recale, le jugeant “trop chétif pour servir”. Séverin Roche est soulagé : son fils va pouvoir se consacrer à la ferme ! Joie de courte durée… Albert prend purement et simplement la décision de plier bagage, pour se présenter crânement au camp d’instruction le plus proche. Cependant, son incorporation est difficile : mal noté, pris en grippe, il s’enfuit. Vite rattrapé, il est emprisonné pour désertion, loin du rêve initial…

Dans ces conditions, un homme a rarement d’autre choix que le suivant : se relever, ou sombrer.

…à un destin hors norme

Le 27ème bataillon de chasseurs alpins. Ce bataillon a une certaine réputation, les Allemands les appellent les « diables bleus ». Une nouvelle vie commence pour notre soldat, une vie qu’il a décidé de vendre chèrement.

Pour Albert Roche, la guerre n’est plus un rêve, mais une dure réalité, avec ses cortèges de morts. Il ne cherche plus le combat pour le combat : ce qu’il cherche, c’est sa rédemption. S’ouvrent alors certaines des pages les plus étonnantes de l’histoire de la guerre. Une suite d’exploits tout simplement incroyables, réalisés avec un courage, un sang-froid et une détermination sans faille. Raconter l’ensemble de ces aventures serait bien trop long ! Goûtons ici ses faits d’arme les plus connus.

Quand l’extraordinaire tutoie le quotidien

Un jour de combats violents, le bataillon des “diables bleus” essuie le feu nourri et meurtrier d’un nid de mitrailleuses. Le capitaine réclame un groupe de 15 volontaires pour aller détruire la menace, pendant que leurs camarades les couvrent. Albert Roche s’interpose : il veut y aller, avec seulement deux de ses amis. Rampant jusqu’aux tranchées ennemies, il se faufile jusqu’au tuyau de cheminée du poêle que les Allemands utilisent pour le chauffage. Les trois français dégoupillent alors quelques grenades, qu’ils lâchent dans le tuyau. Le résultat est sans appel : un certain nombre d’ennemis sont à terre, et les survivants se rendent. Albert Roche et ses comparses reviennent avec les mitrailleuses et huit prisonniers.

Dès qu’il peut, notre héros se rend disponible en première ligne. Un jour particulièrement meutrier, il se retrouve très rapidement seul survivant à l’endroit où sa ligne avait été positionnée. Passé le choc, il tente un coup de bluff. Il commence par disposer l’ensemble des fusils tombés à terre les uns à côté des autres, en direction de l’ennemi. Puis il se met à tirer en rythme cadencé, avec chaque fusil, l’un après l’autre, faisant croire aux assaillants que la ligne s’est reformée. Après quelques échanges de fusillades, l’ennemi décide de ne pas risquer l’assaut… et bat en retraite !

Insatiable, Albert Roche cherche toutes les occasions de se rendre utile. La guerre implique un certain nombre de missions de reconnaissance, pour lesquelles il se porte régulièrement volontaire. Au cours de l’une de ces missions, il tombe dans une embuscade avec son lieutenant. Prisonniers, nos deux soldats sont interrogés séparément. De son côté, Albert Roche se débrouille pour subtiliser l’arme de son interrogateur, et la retourne contre ce dernier. Libérant son lieutenant, ils s’échappent, et rentrent à bon port… après avoir fait 42 nouveaux prisonniers.

La rançon de la gloire

La rançon de la gloire peut être amère, Albert Roche l’apprend à ses dépens. Alors que la bataille du Chemin des Dames fait rage, le capitaine de son bataillon tombe entre les lignes, sévèrement touché. Ni une ni deux, Albert Roche rampe sous les balles en direction du blessé. Il y parvient après six heures d’effort. Le retour est plus rapide : quatre heures, suite auxquelles il confie son capitaine aux secours. Épuisé, il trouve un trou de guetteur, où il s’allonge pour se reposer. Une patrouille le surprend en plein sommeil, et, malgré sa réputation déjà bien établie, Albert Roche est accusé de désertion. Jalousie ? Vengeance ? L’histoire ne le dit pas, toujours est-il que notre soldat a beau se défendre d’avoir quitté son poste, il se retrouve en prison.

Albert Roche attaque

Condamné au peloton d’exécution, Albert Roche consacre le temps qui lui reste à écrire à son père. Ce père qu’il avait lâché quelques années auparavant. Ce père, aussi, qui lui avait enseigné l’amour de la patrie et le sens de l’honneur. Dans cette lettre, il prend soin de préciser : “Dans une heure je serai fusillé, mais je te promets que je meurs innocent”. Soudain, un courrier providentiel parvient au juge : le capitaine blessé est sorti du coma, il témoigne de l’innocence de son soldat.

Finalement, le , Albert Roche est nommé Chevalier de la Légion d’honneur. Cette nomination s’accompagne de la citation suivante :

« Chasseur dont la bravoure est légendaire au bataillon. (…) Conserve un calme absolu aux moments les plus critiques, donne à ses camarades l’exemple de l’entrain, exalte leur courage, est pour ses chefs un auxiliaire précieux (…), n’hésitant devant aucun danger, triomphant des difficultés de toutes sortes, montrant un rare esprit de décision, une conscience au-dessus de tout éloge. »

Une fin inattendue

Lorsque la guerre est terminée, le bilan de notre héros est le suivant : “23 ans, neuf fois blessé, a fait 1180 prisonniers”. Simple soldat du début à la fin du conflit, au grand étonnement du Maréchal Foch, il sera décrit par ce dernier comme “Le premier soldat de France”.

De retour en son village de Valréas (Vaucluse), il se marie et travaille humblement en tant que cantonnier. Après quelques temps, il devient pompier à la poudrière de Sorgues. Malheureusement, un jour funeste, une voiture fauche Albert Roche à sa descente d’autocar. Notre héros meurt à l’hôpital le 14 avril 1939, âgé de 44 ans. A la demande d’Édouard Daladier, il reçoit les honneurs militaires lors de son enterrement.

Albert Roche article

De 20 à 23 ans, Albert Roche aura connu une vie remplie d’action et d’aventure, faisant de lui l’un des soldats les plus admirables de l’Histoire. Cependant, derrière ces exploits, on oublie souvent l’homme initialement orgueilleux, mais qui parvint à la gloire du jour où il prit la décision de ne plus la chercher pour elle-même. Sa priorité fut de retrouver son honneur, comme en témoigne l’esprit de la lettre destinée à son père. A la fin du conflit, malgré quelques inévitables prestations publiques, Albert Roche n’a pas couru les salons ou brigué les hautes charges. Il s’en est retourné sur ses terres, pour fonder une famille et se faire oublier, tout en restant au service des autres. Finalement, c’est bien là son plus grand trait de gloire.

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Cet article a 3 commentaires

  1. Baudouin le Roux

    Comme quoi, Captain America, c’est juste un plagiat.

  2. Avatar

    Belle histoire, pleine d’enseignements dont le moindre n’est pas l’exemplaire humilité du personnage.
    Merci !

    1. Baudouin le Roux

      Merci beaucoup Raoul, et merci pour lui, c’est un hommage mérité !

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