Il était une fois… Luis Urzúa

Tout le monde aime les histoires. Elles fascinent notre imagination, elles provoquent des émotions, elles nous offrent une courte évasion… Accessoirement, on peut même en tirer des leçons ! Alors, pourquoi s’en priver ?

Nouvelle série !

Bienvenue dans cet article qui inaugure une nouvelle série : celle des “Il était une fois”. Pour chaque article de cette série, vous aurez droit à une histoire emblématique, illustrant un exemple unique de leadership. Parce que le leadership c’est 10% de théorie et 90% de pratique, ce blog publiera régulièrement ce type d’exemples. L’objectif : que l’expérience des uns puisse servir aux autres.

C’est parti !

Aujourd’hui, laissez-moi vous présenter un homme comme il y en a peu : Luis Urzúa. Vous le connaissez peut-être déjà : son histoire a fait la Une de tous les médias en 2010, partout dans le monde. Et puis, malheureusement, la broyeuse médiatique s’est mise en marche : aussi vite glorifié, aussi vite oublié, aujourd’hui Luis Urzúa ne parle plus à grand monde. Et pourtant ! Son cas est extraordinaire, il mérite d’être entretenu dans les mémoires.

Mine souterraine

 

Avant cette fameuse année 2010, la vie de Luis Urzúa, ouvrier chilien, avait été marquée de quelques rudes épreuves. Orphelin de père à l’adolescence, il dut rapidement subvenir aux besoins de sa mère et de ses six frères et sœurs. Dans un pays qui figure à la première place mondiale des producteurs de cuivre, il descendit travailler dans les mines. Ses collègues racontent qu’il parlait peu : ils décrivent un homme simple, poli, calme, ayant avant tout le sens du devoir. Travailleur acharné, il passe 31 années dans les mines de cuivre. Au moment des faits, le 5 août 2010, Luis Urzúa a 54 ans. Il est chef d’équipe, et vient de prendre un nouveau poste dans la mine de San José, un poste qu’il tient depuis deux mois.

Bienvenue à San José

Ce jour-là, les mineurs sont déjà au travail depuis un certain temps. Le métal étant enfoui profondément, il leur a fallu descendre encore et encore sous la terre, jusqu’à 700 mètres de profondeur. Là, ils creusent, dans la poussière et le bruit des machines.

Le temps s’égrène, quand soudain un bruit important se fait entendre, qui résonne longuement et se répercute le long des voûtes. Intrigués, ils se regardent… puis se remettent au travail. Le bruit se répète. Puis il s’arrête. Puis il reprend. De plus en plus inquiets, d’autant plus que la mine présente de sérieux problèmes de sécurité, les mineurs s’agitent et avertissent la direction, qui leur interdit de sortir. Et tout à coup, le pire se produit : un éboulement de roches et de gravats s’abat dans l’excavation, faisant s’effondrer le toit et bouchant les galeries. La sortie, qui se trouve à 5km, est inaccessible. Les 33 mineurs sont bloqués sous terre.

Quelques années auparavant, Luis Urzúa avait déjà vécu une situation délicate, avec l’incendie d’une galerie. Cet épisode l’avait marqué, mais cette fois, c’est bien pire… Dans la galerie, la poussière est si dense que les 33 mineurs attendent trois heures, couchés sur le sol, avant de pouvoir faire un point de situation. Grâce à Dieu, ils sont tous en bonne santé. Regardant autour d’eux, ils constatent qu’ils sont retenus prisonniers dans un long couloir en colimaçon. La température dépasse 30°C. Ils ont de quoi boire, mais une eau polluée. Ils ont un peu de matériel et quelques véhicules. Enfin, la nourriture : chaque homme dispose de la ration d’urgence prévue par le règlement, de quoi tenir 48 heures.

“Dites 33”

Au sein du groupe, les ouvriers sont sous le choc, et les premières tensions émergent : que vont-ils devenir ? Personne ne sait s’ils sont vivants, quand va-t-on venir les secourir ? Certains se montrent optimistes : c’est l’affaire de 48 heures, après tout c’est bien ce que prévoit la ration d’urgence. Mais la majorité s’inquiète : comment peut-on en être sûrs ? Ils n’ont aucun moyen de liaison avec l’extérieur, on pourrait bien les croire tous morts. C’est là qu’intervient le chef d’équipe, Luis Urzúa.

Il a un réflexe immédiat : pour sortir de ce chaos, la première chose à faire est d’instaurer un ordre. S’adressant aux ouvriers l’un après l’autre, il leur confie à chacun une responsabilité individuelle, pour que personne ne reste inoccupé. L’objectif est de garder une forme de normalité, afin de rester soudé et de garder espoir. Les mineurs sont organisés en équipes, ayant chacune des tâches spécifiques.

Luis Urzúa divise ensuite la zone en espaces de travail, locaux d’hébergement et toilettes, afin de recréer des habitudes de vie et conserver une discipline quotidienne. Les lumières des casques et les phares des camions miniers sont utilisés pour l’éclairage. Les journées sont divisées en 12 heures de jour et 12 heures de nuit : l’objectif est d’économiser l’éclairage, mais surtout de garder la notion du temps. La nourriture ? Luis Urzúa doit se battre pour faire admettre la réalité aux mineurs, mais il obtient gain de cause : elle sera rationnée, à raison d’une cuillère de thon en boîte et de quelques gorgées de lait… par tranche de 24 heures.

Sourire dans l’épreuve

Pour survivre, l’état d’esprit est très important. Dans la mesure du possible, il faudrait que personne ne flanche, que l’ambiance puisse être détendue. Prenant le dessus sur ses propres doutes, Luis Urzúa met un point d’honneur à garder le sourire en toutes circonstances. En raison du stress et de la tension, l’unité du groupe met du temps à se faire. Certains conflits émergent, mais Luis Urzúa tient bon, à force de fermeté, de conviction, mais aussi de compassion, d’empathie et de motivation. Il dirige avec douceur, et adopte une règle simple : toute décision doit être acceptée par la majorité absolue (17 voix), puis suivie par l’ensemble du groupe.

Opération San Lorenzo (patron des mineurs)

Pendant ce temps, à la surface, les secours s’organisent. A partir du 8 août, des machines perforantes sondent le sol à la recherche des mineurs. Le 22 août, la présence des mineurs est détectée, et l’une de ces machines introduit une sonde dans leur galerie. Cette date marque la fin de 17 jours d’angoisse, où certains ont perdu jusqu’à 12 kilos. Très vite, les mineurs reçoivent de l’eau, de la nourriture et des médicaments, pendant que les autorités réfléchissent à la manière de les récupérer. Les mineurs eux-mêmes participent activement : au total, ils déblaient une masse de débris de l’ordre de 750 à 1 500 tonnes. Enfin, le 14 octobre 2010, après 70 jours passés sous terre, les mineurs sont tous rescapés. Luis Urzúa, en bon capitaine, sort le dernier.

A votre avis, quelle fut sa première action ? Il vint à l’homme qui avait assuré la communication entre le tunnel et le sol, le serra dans ses bras, le remercia avec effusion pour son travail… et lui dit de rentrer chez lui pour se reposer ! Puis il alla remercier le chef de l’équipe de secours, pour enfin se jeter dans les bras de sa famille.

 

L’histoire de cet homme est belle car il s’agit d’un homme simple, dont l’ambition se résumait à bien faire son devoir. Il s’est comporté en héros, mais ne s’est jamais mis en avant. Son comportement au sortir de la mine est impressionnant. Il n’a jamais quitté son rôle de leader, un vrai leader ayant assumé ses responsabilités dans les conditions les plus terribles. Et par la suite, si vous n’avez plus jamais entendu parler de lui, c’est tout simplement parce qu’il est retourné à son devoir, sans accorder un seul regard au feu des projecteurs.

Puisse-t-il nous inspirer tous ! 🙂

Crédit photo mine : Gord McKenna

Crédit photo Luis Urzúa : Hugo Infante/Government of Chile

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