Il était une fois… Pierre Terrail de Bayard

Pierre Terrail de Bayard

Troisième épisode de la série “Il était une fois” ! (pour accéder aux autres, c’est par ici). Notre modèle du jour est moins connu par son nom, souvent résumé en “Bayard”, que par ses hauts faits et sa place dans l’Histoire des héros. Qui ne connait “le chevalier sans peur et sans reproche ?” Qui ne sait répondre, à la question : “Marignan ?”, le nombre 1515 ? Eh bien voilà, avec ces deux éléments, vous avez de quoi situer le personnage. Prêt à en savoir un peu plus ? C’est parti ! 🙂

Terrail, avant d’être Pierre

Pierre Terrail, troisième du nom, a pour parents Aymon Terrail, seigneur de Bayard, et Hélène Alleman. Sa famille fait partie de la petite noblesse dauphinoise. A ce titre, elle a pour responsabilité de veiller à la sécurité de cette partie du Royaume ; comme toutes les familles nobles du Dauphiné. Etant de petite noblesse, sa responsabilité est certes moindre ; mais il n’en demeure pas moins qu’elle prit part à la Guerre de Cent ans sur cinq générations, certains de ses membres y laissant leur vie pour la patrie.

Chez les Terrail, le sens de l’honneur revêt beaucoup d’importance. En effet, il s’agit d’une famille sans grande richesse matérielle (une maison fortifiée, « Château Bayard », et sept hectares de terrain), mais qui prend très au sérieux ses responsabilités vis-à-vis de la communauté. En tant que nobles, bien que de petite noblesse, ils mettaient tout leur cœur à servir et protéger la population paysanne alentour. Et cette dernière le leur rendait bien : les Terrail étaient très aimés et appréciés. Pour eux, la richesse est avant tout la valeur personnelle. Un Terrail apprenait à vivre de telle manière qu’à l’heure de la mort, par nature imprévisible, on puisse dire de lui : « C’était un homme de grande valeur ».

C’est donc dans cette famille, à Pontcharra, que naît Pierre Terrail, en 1475. Aîné de huit enfants, il reçoit de son père une éducation de futur responsable de la famille. Amour et fermeté sont au menu, ainsi qu’un style de vie ascétique. Le jeune Terrail monte rapidement à cheval, et accompagne son père lors de la revue de leur petit domaine, afin d’apprendre les rudiments de la gestion patrimoniale.

Service militaire, noblesse oblige

Bien sûr, à cette période, le service militaire est très différent de celui de l’époque moderne. Tout simplement, les membres masculins issus de famille noble avaient coutume d’apprendre le métier des armes. Le sang noble était en effet comme « dû » à la patrie ; en cas de guerre, ou d’opérations de sécurité, c’était le rôle de la noblesse de prendre les armes. Raison pour laquelle on parle d’ « impôt du sang » comme impôt de la noblesse. Et cet impôt, Pierre Terrail le devait !

Avant cela, Aymon Terrail tenait à ce que son fils suive quelques études. Faute de moyens suffisants, ce fut grâce à la générosité de Monseigneur Alleman, frère d’Hélène Terrail et évêque de Grenoble, que le petit Bayard put commencer à étudier. Son école ? Celle de la cathédrale de Grenoble, capitale du Dauphiné. Monseigneur Alleman supervise quelques années les études de son neveu, et continue au besoin d’en compléter le financement. En 1486, alors que le petit Bayard atteint les 11 ans, son oncle lui obtient une place de page à la cour de Charles Ier, Duc de Savoie.

Une place bien réfléchie : un page est au service d’un chevalier, c’est ainsi le meilleur moyen d’apprendre à le devenir. Pierre Terrail de Bayard sachant déjà monter à cheval, et présentant de bonnes bases d’éducation, il fut naturellement accepté. Son apprentissage dura sept ans, entre Grenoble, Turin, et enfin la cour de France, où il termine ses études militaires. En 1493, à l’âge de 17 ans, il rejoint en qualité de simple soldat la compagnie du comte de Ligny.

Naissance de « Bayard »

Le contexte est alors celui des guerres d’Italie, sous Charles VIII. A cet époque, l’adolescence ne dure pas longtemps… Dès qu’un enfant sait écrire, compter et monter à cheval, il entre dans le monde des adultes. Ce passage peut nous paraître violent aujourd’hui, mais en ce temps-là, c’était la norme ; une norme rendue presque nécessaire par les longues périodes de guerre. De fait, le jeune Bayard ne semble pas vraiment perturbé par son nouvel environnement. Au contraire, il fait rapidement connaître sa bravoure, qui lui offre un début de célébrité. Le 6 juillet 1495, il participe à la bataille de Fornoue, connue dans l’Histoire pour avoir illustré le grand courage des soldats français : les Italiens, impressionnés par l’ardeur des Français, inventèrent l’expression « furia francese » pour leur rendre hommage.

En 1496, Pierre Terrail apprend la mort de son père. Très touché, il prend officiellement le titre de seigneur de Bayard, et jure de le porter fidèlement. Il tient sa promesse à tel point que, les années passant, l’Europe entière commence à connaître son nom. Cavalier hors pair, il excelle également dans le combat à pied. En 1503, il se distingue lors d’un combat d’honneur à treize contre treize contre les Espagnols. Si ces derniers sont bien treize, les Français ne sont en réalité que deux : Bayard et d’Orose. S’ils ne sortent pas vainqueurs, ils soutiennent honorablement le combat, et gagneront le respect de leurs adversaires. Peu après, il remporte un duel l’opposant au célèbre capitaine espagnol Alonzo de Soto Mayor, ce qui accroît sa popularité. Dès ce moment, Bayard devient le héros des récits que se racontent les soldats autour des feux de camp.

D’homme célèbre à légende vivante

En 1504, sous le règne de Louis XII, les troupes françaises se battent contre les Espagnols pour la possession du royaume de Naples. Les deux armées sont séparées par le Garigliano, un fleuve qui ne présente pas de passage entre les deux camps. Un jour cependant, les Espagnols construisent un pont de fortune et attaquent les Français. Surpris, ces derniers subissent de lourdes pertes et doivent battre en retraite. Plusieurs kilomètres plus loin, ils trouvent un pont étroit, qui devrait leur permettre de poursuivre leur retraite en coupant par un coude du fleuve. Malheureusement, les soldats perdent du temps à traverser ce pont, si étroit qu’il ne peut laisser passer qu’un seul homme à la fois. Les Espagnols arrivent…

Le dernier soldat vient à peine de passer le pont que toute l’armée espagnole se présente. C’est alors que Bayard, vêtu d’un simple pourpoint, sans armure (les Français ayant été surpris), prend une décision follement audacieuse. Il se positionne à la sortie du pont, bouchant le passage, pour forcer les Espagnols à l’affronter en un contre un, successivement. Ce ne sont pas moins de 1 500 hommes, commandés par le célèbre général Gonzalve de Cordoue, qui lui font face…

Le courage, l’adresse et l’endurance du Français font merveille. Relayé de temps en temps par deux de ses compagnons, François de Bourdeille et Ymbault de Rivoire, il tient les Espagnols en respect. A tel point que c’est finalement l’artillerie française, déployée sur la rive opposée, qui contraint les Espagnols à refluer ! Cet héroïsme de Bayard, qui choqua l’Europe entière, est encore aujourd’hui considéré comme le plus haut fait d’armes de l’Histoire. La légende du chevalier, elle, ne fait que commencer.

Armure de Bayard

Le chef de guerre

La lutte entre la France et l’Espagne pour conquérir l’Italie se poursuivant, Bayard, noblesse oblige, participe à l’effort de guerre. En avril 1507, il prend Gênes, qui vient de se rebeller. Le Roi décide alors d’accorder à Bayard le grade de capitaine, ce qui pose problème. En effet, les troupes sont commandées sur le terrain par les lieutenants : tous les grades d’officier supérieurs se chargent plutôt de la stratégie, plus en retrait. Mais le Roi tient à récompenser Bayard, en faisant une exception : malgré son grade de capitaine, il pourra rester sur le terrain. Par ce grade, le Roi tenait à honorer son officier ; tant pour son héroïque valeur militaire, que pour le dévouement avec lequel il prenait soin de ses soldats et des civils, notamment les plus pauvres.

Se suivent une série de victoires et de hauts faits d’arme : en mai 1509, le nouveau capitaine s’illustre à la bataille d’Agnadel, victoire qui ouvre les portes de Venise. D’août à septembre, il attaque quatre garnisons qui soutiennent l’ennemi durant le siège de Padoue. En 1512, il prend Bologne, puis s’attelle au siège de Brescia. Le 19 février, alors qu’il combat à pied, il reçoit un méchant coup de pique dans la jambe. Recueilli par un gentilhomme local, il empêche le pillage de la maison, en mettant en déroute quelques soudards avinés qui voulaient profiter de la guerre pour commettre leurs méfaits en toute impunité. Vite rétabli, il s’illustre à nouveau à Ravenne. Malheureusement, les troupes françaises sont vaincues et doivent battre en retraite… Pire encore : le meilleur compagnon d’armes et ami de Bayard, Gaston de Foix, y meurt l’arme à la main.

Au service du bien commun

En tout, Bayard aura servi trois Rois différents : Charles VIII, Louis XII et François Ier. Trois personnalités différentes, trois règnes différents. Mais tous étaient Roi de France, et à ce titre, Bayard les servit tous trois de la même manière, avec la même fidélité. C’est, entre autres, ce dévouement total au service du bien commun, peu importe les hommes, qui poussa François Ier à demander que revienne à Bayard la charge de lui conférer l’ordre de la chevalerie, le soir de la victoire de Marignan, en 1515.

Bataille de Marignan

Plus tôt dans la même année, François Ier avait déjà nommé Bayard Lieutenant général du Dauphiné. Autrement dit, Bayard devient le représentant personnel du Roi dans cette région. Cela ne lui autorise pas toutes les libertés : il doit à plusieurs reprises quitter son Dauphiné et repartir en campagne, à la demande du souverain. Le reste du temps, lorsque les affaires de l’Etat le laissent tranquille, Bayard consacre toutes ses forces à servir les dauphinois. Ses trois priorités sont la peste, les inondations et les brigands. En premier lieu, il entreprend un vaste nettoyage des rues de Grenoble. Des équipes se relaient pour purger les égouts, édifier des digues et refaire les quais du port.

Lorsqu’il est absent, Bayard se fait représenter lors du contrôle des travaux et des réparations. En 1522, alors que les consuls lui conseillent de quitter la ville en raison de la peste et de la famine, Bayard préfère rester. Il regroupe les malades dans l’hôpital de l’Isle, en dehors des remparts de la ville, et leur affecte trois médecins chargés spécifiquement de les soigner. En 1524, afin de lutter contre la mendicité, Bayard propose aux plus pauvres d’assurer les travaux publics sous le patronage de la ville, qui finance ces emplois en instaurant une taxe dédiée.

Le coup de Mézières

L’un des derniers coups d’éclat militaires de Pierre Terrail de Bayard eut lieu pendant le siège de Mézières, en 1521. La ville faisait face à 35 000 soldats allemands à la solde de Charles Quint. Pour la défendre, seulement un millier d’hommes, Bayard à leur tête. Les Allemands installent un siège de six semaines, dont trois de bombardements intensifs. La situation des Français était désespérée : l’armée française était trop loin pour intervenir, aucun allié n’était présent dans la région, et la seule question n’était pas de savoir s’ils allaient pouvoir tenir, mais combien de temps il leur restait.

Les réserves de provisions et de munitions commençaient à s’épuiser. D’ailleurs, afin de couper tout recours possible, les Allemands avaient incendié les villages voisins. C’est alors que Bayard a une idée de génie : il écrit à François Ier toute une série de fausses lettres, qu’il savait devoir être interceptées par l’ennemi. Dans ces lettres, Bayard affirme que les provisions ne manquent pas, que les défenses résistent tranquillement, et qu’il peut encore tenir longtemps. Cerise sur le gâteau : il écrit qu’il refuse l’envoi de secours, jugeant la mesure “inutile”. Le stratagème fit merveille : trompés par ces missives, les Allemands, découragés, finirent par abandonner le siège et leur position. La ville était sauvée.

L’ennemi proposa alors une trêve à la France, mais celle-ci la rejeta. François Ier avait en effet gagné assez de temps pour rassembler une armée près de Reims, l’offensive pouvait reprendre !

Pierre Terrail de Bayard, vie héroïque, mort héroïque

En 1523, l’armée française vient d’enchaîner une série de défaites. François Ier, qui se passait des services de Bayard afin que ce dernier puisse se consacrer un minimum à autre chose qu’à la guerre, finit par le rappeler. Le 22 août, les Italiens, ayant franchi les Alpes, se rapprochent de Lyon. L’armée française bat en retraite, et c’est Bayard, une nouvelle fois, qui protège l’arrière. Malheureusement, le 29 avril 1524, un coup d’escopette dans le dos le blesse mortellement, lui brisant la colonne vertébrale. Ses compagnons veulent l’emporter dans une fuite désespérée, mais il les congédie, pour leur vie. Quant à lui, demeurant sur place, il précise : « Je n’ai jamais tourné le dos devant l’ennemi, je ne veux pas commencer à la fin de ma vie ».

C’est le connétable de Bourbon, Français traître à la patrie, qui, poursuivant ses compatriotes à la tête des troupes de Charles Quint, constitue Bayard prisonnier. Selon les mémoires de du Bellay, le connétable aurait déclaré :

« Ah ! Monsieur de Bayard, que j’ai grand-pitié de vous voir en cet état, vous qui fûtes si vertueux chevalier ! »

Ce à quoi le chevalier aurait répondu :

« Monsieur, il n’est besoin de pitié pour moi, car je meurs en homme de bien ; mais j’ai pitié de vous, car vous servez contre votre prince et votre patrie ».

Souffrant terriblement de sa blessure, il rend son dernier souffle dans le camp adverse. Ses ennemis eux-mêmes, qui connaissaient bien sa valeur, le pleurèrent. Ils permirent de rapatrier son corps en France. Là, après des obsèques solennelles à la cathédrale de Grenoble, Bayard fut enterré au couvent des Minimes de Saint-Martin-d’Hères.

Aujourd’hui, afin d’honorer la mémoire du chevalier, les villes de Pontcharra (lieu de sa naissance) et de Rovasenda (lieu de sa mort) sont jumelées.

“Sans peur, et sans reproche”

L’expression bien connue du “chevalier sans peur et sans reproche” a peut-être été dite à propos de plusieurs chevaliers. Ce qui est certain, c’est qu’elle a été dite au sujet de Bayard, et qu’elle lui est désormais systématiquement attachée. Il faut dire ce héros a vécu sans broncher les fatigues et les épreuves d’une vie rude et difficile, en s’attachant à faire son devoir avant tout, et du mieux possible. Marqué par les guerres, il respecta toujours ses ennemis, se montrant plein d’égards envers les prisonniers. Exemplaire, il l’a été : au combat, au soutien des malades et des plus pauvres, au service des dauphinois, etc.

C’est là son plus grand trait de gloire : le service des “petites gens”. Exemple est un bon mot pour résumer sa vie. Sacrifice en est un autre. Il aurait pu, comme le connétable de Bourbon, préférer une vie facile auprès des plus forts, environné de luxe et de plaisirs. Il n’a certes pas dit non à tous les plaisirs, et c’était d’ailleurs un joyeux compagnon, mais il a su rester humble et mesuré, pour pouvoir être disponible lorsque les autres avaient besoin de lui. L’expression “sans peur et sans reproche” souligne justement ce courage et cette valeur personnelle, qui valaient bien plus que ses nombreux coups d’éclats, pourtant très admirables.

En résumé, Pierre Terrail de Bayard aura été le chevalier qui réalisa le mieux l’idéal de courage et de loyauté des preux du Moyen Âge. Puisse son exemple vous inspirer ! 🙂

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Cet article a 1 commentaire

  1. Baudouin le Roux

    Article dédicacé à tous les Bayard (eh oui, entretemps c’est même devenu un prénom !)

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