La maîtrise de soi, premier niveau du leadership

Maîtrise de soi

La maîtrise de soi… “Qu’est-ce-à-dire ? Plaît-il ? Serait-il possible de préciser ? On a tous une petite idée de ce qu’est la maîtrise de soi. Mais ici, s’agit-il de la maîtrise de ses émotions, de la maîtrise de ses désirs… ou de la maîtrise D’Edwin Soi* ?” Eh bien, au risque de surprendre, il ne s’agit pas de la dernière option 😉 Celle dont il est question ici, c’est celle que glorifie la civilisation gréco-latine, et qu’a approfondie le christianisme : la discipline personnelle. Elle réunit, de fait, la maîtrise de ses émotions et celle de ses désirs.

“D’accord, mais quel est le rapport avec le leadership ? La maîtrise de soi est individuelle, et le leadership s’exerce dans le cadre d’un groupe. Rien à voir !” En fait, si. Comment ? Eh bien pour le savoir, il faut poursuivre 🙂

*Athlète kényan spécialiste des courses de fond, Champion du monde du 5000 m.

La maîtrise de quoi ?

Puisque les Latins ont été évoqués, citons ici l’un de leurs proverbes les plus connus :

« Il est absurde qu’un homme doive en diriger d’autres, quand il ne peut se diriger lui-même. » (Absurdum est ut alios regat, qui seipsum regere nescit)

Vous vouliez un lien avec le leadership de groupe ? Difficile de faire plus clair ! 😉 Pour autant, cette clarté ne doit pas nous empêcher d’approfondir le sens du proverbe. Se diriger soi-même, c’est se discipliner, suivre des règles, par lesquelles nous maîtrisons notre personne sans la laisser influencer par des états intérieurs désordonnés.

Prenons un exemple. L’un de vos collègues, pour se protéger d’une sanction, vous a injustement dénoncé à sa place. Vous voilà face à votre hiérarchie, qui réclame des explications. Le mouvement intérieur réflexe de la plupart des êtres humains, à ce moment-là, est la colère : vous êtes victime d’une injustice doublée d’un mensonge ! Vous vous échauffez. Soit vous laissez éclater cette colère, soit vous vous contenez. Vous prenez sur vous. Vous gardez votre sang-froid. Cette réaction de maîtrise n’est pas facile, car elle s’oppose à votre premier mouvement réflexe. Pourtant, c’est la bonne : car vous allez pouvoir discuter factuellement, pour prouver votre innocence.

Fight Fighting GIF
Il y a d’autres solutions…

Dans le cadre de cet exemple, deux éléments sont à considérer : l’attaque de votre collègue, qui est un élément extérieur, et la réaction de colère, mouvement intérieur déclenché par cet élément extérieur. La maîtrise de soi gère les états et mouvements intérieurs, mais de fait, ceux-ci peuvent être déclenchés par des éléments soit extérieurs, soit intérieurs. D’autres éléments extérieurs peuvent être : la pression, l’inconnu, la violence, un objet ou une personne très désirables… qui déclencheront respectivement le stress, la peur, la tristesse, le désir, etc.

Nos chers états intérieurs

Nos états intérieurs nous sont chers car ils nous font vivre… mais ils peuvent également nous coûter cher 😉 Naturels, ils le sont : nous avons tous des désirs et des émotions, très peu de choses nous laissent indifférents. Et ces états, qui diffèrent selon les personnes, sont neutres en soi. Ils participent de notre personnalité et de notre caractère : telle personne est connue pour être colérique, telle autre pour être mélancolique, telle autre pour être toujours joviale, etc. C’est la vie, et c’est ce qui en fait la richesse ! 🙂 Où est le problème alors ?

Le problème, c’est quand ces états ou ces mouvements deviennent excessifs, et qu’ils prennent le dessus sur la raison. La langue française a d’ailleurs une très jolie expression : on dit de celui qui en est victime qu’il “s’est mis dans tous ses états”. C’est-à-dire qu’il n’a pas su garder son calme, qu’il a agi de manière désordonnée. La langue française nous dit encore : “Il n’était plus maître de lui-même”. La raison, notre faculté suprême, est en effet celle qui, dans l’idéal, devrait toujours nous guider. Mais parfois la sensibilité prend le dessus, avec son cortège d’émotions et de sentiments passionnés.

Emotions

Attention ! Personne ne dit que les émotions et les passions sont mauvaises, loin de là. Sinon, où serait le goût de la vie ? 😉 Mais généralement, même lors de grands moments d’émotion, la raison veille dans un coin, nous empêchant inconsciemment de trop partir dans tous les sens. Elle lâche la bride, si vous voulez. Tout en surveillant les rênes 🙂 Mais lorsqu’elle est vraiment mise de côté, on peut dire de celui qui se retrouve dans cet état qu’il n’est plus maître de lui-même. Il a “perdu la raison”.

Maîtrise de soi et responsabilité

Nous sommes a priori tous d’accord : il est dangereux qu’une personne incapable de se contrôler prenne la responsabilité d’un groupe. Dans votre groupe d’amis, ne laissez pas le plus fou prendre le leadership ! Il faut de la folie, mais avec modération 😉 Au travail, c’est pareil : vous verrez rarement les profils à fleur de peau prendre de grandes responsabilités. D’ailleurs, remarquez que plus vous remontez les hiérarchies, plus vous trouverez des personnalités à sang froid. Cela n’interdit pas les personnalités très énergiques et passionnées (au sens de “passionnées par et pour ce qu’elles font), c’est même mieux ; mais c’est tout simplement que ces personnes savent garder la maîtrise (sachant que la perfection absolue n’existe pas non plus…).

Que peut-on en déduire ? Tout d’abord, si vous voulez exercer des responsabilités et que vous êtes un peu “chien fou”, travaillez là-dessus. Soyez honnête avec vous-mêmes, et demandez-vous si, de manière générale, vous maîtrisez vos états d’âme. C’est très important, notamment en raison d’un autre élément primordial. Cet élément, le voici : lorsqu’on parle de responsabilité, et donc de leadership, le niveau minimum de maîtrise de soi ne suffit pas. On ne demande pas à un leader d’être seulement capable de ne pas perdre la raison. On lui demande bien plus.

Un leader aura régulièrement des injustices à gérer. Il supportera des caractères et des comportements très différents, des situations conflictuelles ou de pression, des tentations (copinage, avances, etc). Bref, il lui faudra avaler des couleuvres. Pour cela, il faut une sacrée cuirasse ! Et surtout, il faut toujours être capable d’encaisser lorsque le bien commun du groupe est en jeu, même si c’est injuste. La maîtrise de soi implique parfois le sacrifice de ses états d’âme personnels au service d’une cause plus générale.

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Développer la maîtrise de soi, c’est possible ?

Avant de diriger les autres, le leader doit donc savoir se diriger lui même, et pas qu’un peu. Il doit savoir où il va, comment il y va, et se tenir prêt à affronter les obstacles. Tout cela ne s’acquiert pas en un jour : c’est le fruit d’une longue éducation. Lorsque l’éducation de l’enfance nous y a préparé, c’est bien plus facile. Mais tout le monde n’a pas cette chance. En revanche, tout le monde peut y arriver : c’est une question de volonté… et de patience. Il faut savoir qu’on va tomber, c’est normal, et il faut savoir inlassablement se relever, c’est ce que font ceux qui sont au-dessus de la normale. C’est méritoire.

Nos droits naturels sont tous égaux, certes. En revanche, personne n’est égal à un autre en terme de mérite. Là, nous sommes tous différents. D’ailleurs, il est déjà impossible d’avoir tous les mérites, ce serait inhumain : personne ne peut prétendre être à la fois le meilleur boulanger, le meilleur ingénieur, le meilleur homme politique et le meilleur sportif. Déjà, le meilleur sportif, ça ne veut rien dire… Quoi qu’il en soit, un mérite, ça se gagne. La haute maîtrise de soi en fait partie, et c’est l’un des rares que tous peuvent atteindre. C’est une discipline, comme le sport.

Sans ce mérite, il est très compliqué d’être un bon leader. On pourra toujours exercer de petites responsabilités, qui ne feront pas trop intervenir les rapports humains. Mais dès qu’il s’agit réellement d’un groupe à diriger, sauf erreur de management (ça arrive…), la place exige une réelle discipline personnelle. Regardez les questions des entretiens d’embauche liés à ces postes : la plupart tournent autour de la manière de réagir à une situation chargée émotionnellement. Tout sauf un hasard.

La maîtrise de soi, un prérequis fondamental

Comment développer la maîtrise de soi ? Nous verrons cela plus tard, car l’article est déjà assez long. Ce qu’il faut surtout retenir ici, c’est que :

  • la maîtrise de soi, véritable capacité à gouverner ses états d’âme, est indispensable au développement personnel
  • pour être un leader, il faut la pratiquer à haut niveau, et l’ordonner au bien commun
  • elle s’acquiert petit à petit, et se perfectionne avec le temps

Pour paraphraser le proverbe latin : un homme ne peut être exigeant envers les autres s’il n’est pas d’abord exigeant envers lui-même. Soyons leader envers nous-mêmes, avant de l’être pour les autres, pour pouvoir l’être pour les autres.

Si cette nécessité de la maîtrise de soi est bien comprise, vous êtes mûr pour atteindre le tout premier niveau du leadership. Sauf… si vous y êtes déjà ! 😉 En ce cas, félicitations ! 🙂 Et sinon, pas de panique : le temps est votre meilleur allié. Par ailleurs, ne vous mettez pas la pression outre mesure : quoi qu’il arrive, vous ne serez jamais parfait. Et moi non plus ! 🙂 A bientôt !

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Cet article a 4 commentaires

  1. Baudouin le Roux

    Et du coup Edwin Soi on en fait quoi ?

  2. Avatar

    Sur son Kant à lui ?

  3. Avatar

    Salut Baudouin!
    Savoir être maître de ses émotions! Oui je pense que c’est la base, je pense aussi que c’est une base que l’on pourra travailler sa vie durant 😉
    Un autre intérêt, de réussir à prendre le contrôle de ses émotions, c’est de permettre à notre cerveau de fonctionner en “mode intelligent”. Je m’explique, tant que nos pulsions émotives sont présente, les fonctions de notre cerveau qui sont activées sont des fonctions non cognitive. Donc, pour que notre intelligence puisse fonctionner il est nécessaire d’avoir apaisé ses émotions.
    Au plaisir de te lire

    1. Baudouin le Roux

      Merci Pierre pour cette précision ! 🙂

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