Le coup de maître… d’Octave Auguste

Octave Auguste

La grande Histoire est pleine de petites anecdotes qui ont contribué à façonner la légende des grands personnages historiques. Parmi ces innombrables et croustillantes anecdotes, un certain nombre constituent de parfaits exemples de leadership. L’occasion rêvée de créer une nouvelle série ! 🙂 Ainsi, après les “Il était une fois” (qui vont continuer de leur côté), voici pour vous la série des “Coups de maître” et son premier épisode, consacré à Octave Auguste.

Pour chaque article de cette série, vous aurez droit à une anecdote emblématique, illustrant un exemple unique de leadership. Parce que le leadership c’est 10% de théorie et 90% de pratique, ce blog publiera régulièrement ce type d’exemples. L’objectif, comme pour la série des “Il était une fois” : que l’expérience des uns puisse servir aux autres.

Gaius Octavius Thurinus Augustus, dit “Octave Auguste”

Pour notre histoire, il nous faut remonter il y a longtemps, bien longtemps. Nous sommes au cœur de l’Histoire, 4 ans seulement après Jésus-Christ. Octave Auguste est Empereur de Rome depuis déjà 31 ans, sans compter la période du triumvirat qu’il formait avec Marc-Antoine et Lépide. Héritier adoptif de Jules César, il est le premier Empereur officiel de Rome. Aimé et respecté, il est notamment à l’origine de la Pax Romana, cette longue période de paix qui vit l’Empire romain s’agrandir tout en gardant une grande stabilité intérieure. Cette période coïncide avec une grande prospérité économique, un commerce florissant et de vastes projets culturels et d’urbanisation.

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Autant dire qu’il est considéré par beaucoup comme l’un des plus grands Empereurs de l’Histoire ! Et ce, malgré quelques excès dans la gestion de ses rapports avec ses ennemis. Il faut dire qu’après l’assassinat de César, suivi de divisions et guerres de succession, Octave Auguste se méfie beaucoup de l’ambition des notables, et a tendance à régler les rébellions de manière expéditive. C’est le cas notamment lors de la conjuration de Fannius Caepio, dont les instigateurs furent poursuivis, capturés et exécutés sans aucune forme de procès.

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De même, il entretenait une relation difficile avec le Sénat. Là encore, il faut dire que les sénateurs, déjà impliqués dans l’assassinat de César, avaient tenté de traduire son héritier en procès. Pour eux, ce dernier faisait de l’ombre à leur propre pouvoir, il s’agissait donc de l’éliminer… L’Empereur ne l’oubliera jamais, et identifiera toujours les sénateurs à des profiteurs déguisés. En bref, malgré ses qualités de stratège et de gouvernant, Octave Auguste n’était pas le plus patient des hommes politiques. Gare donc à celui qui oserait se mettre en travers de son chemin…

Cnaeus Cornelius Cinna Magnus, dit “Cinna”

“Cinna” vous dit quelque chose ? Vous le connaissez peut-être à travers la pièce de Corneille… ou même, pour les plus latinistes d’entre vous, à travers les écrits de Sénèque ou Don Cassius ! 🙂 Sinon rassurez-vous : c’est loin d’être un personnage incontournable de l’Histoire, et il n’a d’intérêt que grâce à Octave Auguste. 😉

Son hérédité, elle, est importante pour notre histoire, et en marque les origines. Cinna est le fils de Lucius Cornelius Cinna, préteur romain qui appuya les assassins de Jules César. Autrement dit, Cinna était donc le fils de celui qui contribua à l’assassinat du père d’Octave Auguste… Autant dire que leur relation ne partait pas sur de bons rails ! Mais ce n’est pas tout… Cnaeus Cornelius Cinna, le fils, “notre” Cinna donc (vous arrivez à suivre ? ^^), prit lui-même parti pour Marc-Antoine lors de la guerre civile qui opposa ce dernier à Octave, à la fin du triumvirat. C’est la deuxième opposition violente entre les deux familles.

Cette opposition dura pendant les 4 années de cette guerre civile, à l’issue de laquelle Marc-Antoine subit la terrible défaite d’Actium, bataille navale qui précipita sa chute (-31 av. J-C). Curieusement, alors qu’Octave Auguste avait montré assez peu de pitié pour ses ennemis en temps de guerre, il choisit alors non seulement de pardonner aux survivants, mais également de les rétablir dans les charges qui étaient les leurs. C’est ainsi que Cinna put récupérer les biens de sa famille, et prit le titre de pontife (responsabilité religieuse spécialisée dans l’interprétation des lois).

An 4 après Jésus-Christ

35 ans plus tard, Octave Auguste doit s’absenter de Rome pour se rendre en Gaule, afin d’administrer les provinces romaines. Le trône, vide, est fragilisé… Loccasion est belle, et tentante. Cinna, qui a fini par gagner les bonnes grâces d’Octave Auguste, décide d’organiser l’assassinat de l’Empereur. En prévision du retour de ce dernier, il réunit un petit groupe afin de ficeler le complot. Malheureusement pour lui, il est dénoncé par l’un de ses complices…

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Lorsque l’Empereur revient, Cinna ne sait pas encore qu’il est découvert. Pour lui, tout est en place, il ne reste plus qu’à porter le coup fatal. C’est donc un véritable choc lorsque la garde impériale fait irruption les armes à la main dans la pièce où il se tient, et procède sans ménagement à son arrestation. Après avoir été dépouillé, il est jeté en prison, dans l’attente de son jugement. Pendant ce temps, Octave Auguste rumine une colère froide. Comment Cinna a-t-il osé, alors que l’Empereur a déjà épargné une première fois toute sa famille ? Et après tant de temps ? Ébranlé, il prend conseil auprès de sa femme, Livie.

L’Impératrice réfléchit avec lui aux raisons qui ont pu pousser Cinna à un tel acte. L’héritage républicain de sa famille, potentiellement. Ses liens avec le Sénat, probablement. Le souvenir de son père, certainement. Autant de raisons qui calment la colère de l’Empereur. L’héritage républicain de sa famille ? Pourquoi pas, c’est à son honneur, il est fidèle aux siens. Ses liens avec le Sénat ? Les sénateurs ont peut-être voulu l’utiliser. Le souvenir de son père ? Que peut dire Octave… lui qui garde le souvenir de son père adoptif assassiné, Jules César. En fin de compte, contre toute attente et à la stupeur générale, Octave Auguste décide de gracier Cinna, et de le nommer consul.

Pourquoi un coup de maître ?

Ce que vient de prouver l’Empereur, c’est sa clémence et sa prudence, deux vertus qui caractérisent les véritables leaders. C’est déjà un effort personnel : Octave Auguste n’a pas toujours fait quartier à ses ennemis, surtout pas lorsque le pouvoir était en jeu. Marqué par la traîtrise des romains ayant assassiné son père adoptif, il est naturellement peu enclin à pardonner. D’autant moins lorsqu’il s’agit d’une récidive… En cela, sa décision finale concernant Cinna est déjà exemplaire.

Octave Auguste
Buste d’Octave Auguste

De plus, en tant que chef, il n’oublie pas sa responsabilité politique. Au service du bien commun, il choisit les bons moyens : condamner Cinna à mort aurait pu être pris pour une déclaration de guerre à l’une des familles les plus puissantes de Rome, et aurait peut-être pu faire le jeu du Sénat, qui cherche à fragiliser son pouvoir. La guerre civile, l’Empereur l’a déjà vécue, et l’a en horreur : ce n’est pas pour rien qu’il a institué la Pax Romana. Pardonner à Cinna, c’était ne prendre aucun risque, même le plus minime, pour le maintien de la paix.

Enfin, en pardonnant à Cinna, Octave Auguste s’est fait un ami. En effet, touché par l’indulgence répétée de l’Empereur, Cinna reconnut en lui un véritable bienfaiteur. La première fois, il l’avait soupçonné de clémence exclusivement “politique”. Mais cette fois, à l’évidence, ce n’était pas la seule raison de la grâce impériale. Depuis ce jour, il devint l’un des amis les plus fidèles d’Octave Auguste. Quant à l’Empereur, qui prit le temps nécessaire de la réflexion et choisit d’écouter les sages conseils de son épouse plutôt que ceux de ses proches conseillers, il sortit grandi de cette épreuve, et gagna ce jour-là l’estime de beaucoup de ses ennemis.

Cinna
Cinna reconnaissant

Conclusion

Nul n’est parfait ; mais en même temps, nul n’est interdit de progresser. En prenant sur lui, en résistant à ses désirs de vengeance, et en renonçant à humilier un ennemi héréditaire qu’il tenait à sa merci, Octave-Auguste a donné l’un des plus grands exemples de magnanimité de l’Histoire antique. Et ce n’est pas peu dire ! N’oublions pas en effet que cette époque était spécialement dure, que les exécutions y étaient courantes, et que le droit de vie et de mort d’un humain sur un autre était légal. Tout concourrait à la mise à mort de Cinna. Tout, sauf le sens du bien commun et la clémence de l’Empereur, qui renversèrent totalement la situation à son avantage.

Voilà pour ce coup de maître ! J’espère que cette histoire vous aura plu, qu’elle vous aura fait redécouvrir les méandres politique de l’Antiquité romaine, et qu’elle vous servira le jour où vous aurez l’occasion de pardonner ! 😉

A très bientôt ! 🙂 

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Cet article a 1 commentaire

  1. Baudouin le Roux

    A noter qu’Octave Auguste était aussi connu sous les noms d’Octave, Octavien, César Auguste, ou tout simplement… Auguste, qui signifie “majestueux”. Faites votre choix ! 🙂

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