Savoir obéir avant de diriger : mythe ou réalité ?

Salut militaire

“Mon fils n’est pas fait pour obéir. Il est fait pour commander !” Cette phrase péremptoire a été prononcée par une mère de militaire, à l’officier qui dirigeait son fils. Cet officier avait dû punir ce soldat pour des faits répétés d’indiscipline, raison pour laquelle la mère de ce soldat, outrée qu’un tel sort soit réservé à son fils, décida de venir se plaindre. Cette courte anecdote est très révélatrice… et traduit malheureusement une idée très commune aujourd’hui, qui prétend qu’un homme fait pour être chef n’a pas à passer par une étape où il doit obéir. D’après les défenseurs de cette idée, ce serait une perte de temps, voire “contre-nature”. Que répondre ? Écoutons d’abord la réponse de l’officier :

“Madame, si votre fils n’est pas fait pour obéir, il ne sera jamais fait pour commander”.

Commander, c’est servir

Commander, diriger, manager… autant de mots qui renvoient à la même réalité : l’autorité qu’un homme a sur un autre, par laquelle il influe sur son comportement. Beaucoup de monde s’arrête à cette notion en voyant le chef comme un simple “donneur d’ordre”, un tyran en puissance.

Pourtant, rien n’est moins vrai. Revenons à l’étymologie d’autorité : autorité vient du latin auctoritas, lui-même dérivé du verbe augere, qui signifie littéralement “augmenter”. Cette idée d’augmentation illustre la fonction essentielle de l’autorité, qui est de faire grandir. Le concept d’autorité parentale, par exemple, est directement construit à partir de ce sens littéral. A ce premier sens s’en ajoutent d’autres. Par exemple, celui de “créer”, de “fonder”, d’où le sens du mot “auteur” dans la langue française. Ainsi, quel qu’en soit le sens, l’autorité apparaît comme l’apanage de celui qui prend soin de développer quelqu’un, ou quelque chose.

Commander, ce n’est donc pas seulement servir un intérêt supérieur, c’est aussi servir l’intérêt des personnes qui sont placées sous cette autorité. D’ailleurs, une fois que le leader a donné une direction à son groupe, quelle est sa mission principale ? Régler les problèmes qui pourraient empêcher les membres de son groupe d’atteindre cette direction. En cela, le chef est au service des autres. Max DePree, grand chef d’entreprise américain, a parfaitement résumé cette idée :

« La première responsabilité d’un leader est de définir la réalité. La dernière est de dire merci. Entre, le leader est un servant. » – Max DePree

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« Medice, cura te ipsum »

Un peu de latin, ça fait du bien ! Les proverbes latins sont très souvent des mines de bon sens, n’hésitez pas à vous en faire une série régulièrement. 🙂 Celui-ci est très connu. Traduit par “Médecin, soigne-toi toi-même”, il s’adresse aux donneurs de leçon qui ne s’appliquent pas eux-mêmes leurs propres leçons. Par extension, il exprime la nécessité de connaître un sujet avant d’en parler.

Eh bien ce proverbe convient parfaitement au commandement. Celui qui donne des ordres a tout intérêt à en avoir reçu avant, car s’il ne sait pas ce que cela fait, il sera incapable de comprendre ce qui se passe chez celui qui en reçoit. Il sera incapable d’adapter ses demandes à la personne qu’il aura en face de lui. Incapable également de savoir s’il en demande trop, ou trop peu. Pire, il sera incapable d’affronter l’indiscipline et les contrariétés avec psychologie. En effet, il ignorera tout du sentiment qu’éprouvent les personnes concernées. Il partira du principe que le rebelle est en tort, et réagira le plus souvent par la confrontation.

En résumé, s’il n’a jamais obéi, ou seulement à contrecœur, et sans s’interroger sur les vertus de l’obéissance, un chef va droit à la catastrophe. Connaître l’obéissance, l’avoir expérimentée et trouvée légitime, permet de savoir ce que l’on réclame aux autres. Par conséquent, la relation qui se tissera entre le chef et ses hommes sera faite de compréhension et de confiance mutuelle. En effet, les hommes savent que leur chef est passé par là avant eux, et qu’il connaît le terrain.

L’expérience crée le spécialiste

Avoir expérimenté le fait d’obéir n’a pas seulement l’avantage de permettre de bien connaître ce dont il s’agit. C’est également l’un des meilleurs moyens pour devenir un excellent leader ! Laissons parler le plus grand philosophe de l’Antiquité :

« Il existe un certain pouvoir en vertu duquel on commande à des gens du même genre que soi, c’est à dire libres. Celui-là, nous l’appelons le pouvoir politique. Le gouvernant l’apprend en étant lui même gouverné, comme on apprend à commander la cavalerie en obéissant dans la cavalerie, à commander dans l’armée en obéissant dans l’armée, de même pour une brigade ou un bataillon. C’est pourquoi l’on dit, et à juste titre, que l’on ne commande pas bien si l’on n’a pas bien obéi. » – Aristote

Pour diriger dans un domaine, connaître ce domaine est une excellente chose. L’avoir pratiqué en position d’obéissant en est une meilleure encore. En soi, il n’y a rien à ajouter à ce qu’Aristote explique avec bon sens, tout juste est-il possible de développer : l’obéissance dans un domaine est ce qui constitue l’expérience. Au début, lorsqu’on découvre une activité, on ne sait pas encore comment elle fonctionne. Il faut en apprendre tous les rouages, tous les ressorts. Au bout d’un certain temps, il est possible d’affirmer qu’on commence à maîtriser notre sujet. En tout les cas, lorsqu’on arrive dans cette activité nouvelle pour nous, nous ne sommes pas chargés de diriger cette activité : nous ne la connaissons pas, nous sommes donc logiquement en position subalterne.

Par suite, c’est-à-dire avec l’expérience, si nous démontrons de grandes qualités dans notre travail, nous devenons un candidat crédible pour un poste de manager. Encore faut-il en avoir l’envie et les capacités. Mais en terme de travail, aucun problème : avec l’expérience, nous sommes reconnu comme spécialiste.

Conclusion

Ce soldat indiscipliné dont nous parlions au début, soi-disant “fait pour commander” (même s’il a besoin de sa mère pour le défendre…), a été très bien jugé par son officier. Pour avoir méprisé les bienfaits de l’obéissance, il s’est condamné à ne jamais commander. Pour terminer, laissons le dernier mot à Solon, le premier grand législateur de l’Histoire :

« Lui qui a appris comment obéir, saura comment commander. » – Solon

Et n’hésitez pas à dire en commentaire si vous aimeriez que votre mère aille se plaindre à votre patron 😉

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Cet article a 2 commentaires

  1. Baudouin le Roux

    La question à la fin, c’est pour que les gens mettent des commentaires, c’est tout. Aucun intérêt sinon !

    1. Avatar

      D’accord : je ne vais donc pas en parler à la mienne ?

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