Vous voulez être chef… à quoi bon ?

(Note : cet article est un article invité, écrit par Pierre-Favre Bocquet, du blog apprendreaconvaincre.com. De temps en temps, vous pourrez trouver sur ce blog des articles écrits par d’autres blogueurs, dont je valide le fond, et qui apportent leur touche personnelle à la thématique de ce blog)

Être chef, c’est avoir des responsabilités. Avoir des responsabilités exige dignité et compétence. Dignité et compétence nous obligent vis-à-vis d’autrui. C’est dur, c’est exigeant, c’est risqué : alors, être chef, à quoi bon ?

Baudouin me permet ce billet dans ses colonnes, merci Baudouin. Je m’appelle Pierre-Favre, j’aborde sur mon blog, apprendreaconvaincre, les sujets permettant de comprendre l’autre, sa manière de fonctionner et la manière dont on peut le convaincre.

Être chef, c’est encaisser les coups

Être chef, c’est avoir des responsabilités, c’est prendre les autres à sa charge : toutes proportions gardées, c’est être le « papa » de ceux qui feront peser leurs responsabilités sur nos épaules. C’est se prendre dans les dents, sans sourciller, des reproches dont nous sommes le responsable par procuration.

Coup

Le chef, c’est celui qui va assumer, c’est celui qui va faire grandir les autres, c’est celui qui va être le tuteur sur lequel grimperons ceux dont nous avons la charge. C’est grâce à lui qu’ils pourront accéder à un objectif qui les dépasse, c’est grâce à lui qu’ils vont sortir de leur médiocrité, de leur confort, c’est en partie grâce à lui que leurs proches pourront leur dire « Tu as réussi ».

Être chef, c’est être une passerelle

Vous êtes chef et vous n’êtes qu’un vecteur, un moyen au service d’une fin. Vous n’êtes qu’un passage, vous n’êtes que le maillon d’une chaîne. Vous ne servez à rien, si ce n’est de permettre aux autres de tenir et de passer.

Vous êtes le maillon par lequel vos subordonnés peuvent aller plus loin. Vous n’êtes rien sans eux. Vous êtes là pour eux. Vous avez des avantages et le minimum que l’on puisse exiger de vous, c’est de les mériter.

Le chef a un statut privilégié, proportionné à ce qu’il est censé donner

Permettez-moi de vous demander : pourquoi voulez-vous être chef ? Pourquoi voulez-vous que les autres vous regardent comme étant à part ? Pourquoi voulez-vous que les autres se réfèrent à vous ?

Si vous le voulez pour les avantages qui y affèrent, je vous le dis tout de suite, vous faites fausse route. Les responsabilités auxquels vous devrez répondre vont vous dépasser ! Il vous faudra faire des efforts et vous n’y serez pas prêt. Vous serez ce que l’on appelle un « petit chef », celui qui atteint un niveau maximum de… médiocrité,  si vos subordonnés sont bons ; mais si vos subordonnés sont simplement dans la norme, alors le travail ne sera ni fait ni à faire, et c’est par votre faute qu’ils ne parviendront pas à se dépasser.

Chef ? On ne l’est pas pour soi, on l’est pour les autres

Vouloir être chef, c’est avant tout assumer le fait d’être responsable, c’est faire passer les autres avant soi quand ils ont fait quelque chose de bien, et c’est passer avant eux quand ils ont mal fait quelque chose. C’est être digne des louanges destinées à votre équipe, mais pour eux, pas pour vous. C’est leur retransmettre ces mêmes louanges et prendre en considération que, si vous avez permis la réalisation de la tâche, ce sont eux qui l’ont effectuée. Vous, il est normal que vous réussissiez puisqu’en étant chef, il est nécessaire que vous soyez compétent. Eux ont un plus grand droit à l’erreur. Vous, vous devez être irréprochable. Je dirais : vous vous devez d’être fort pour eux.

Les responsabilités !

Des responsabilités, on aime l’idée, pour se valoriser, pour se sentir important. Des responsabilités, on aime les avantages et les honneurs. Les responsabilités enfin, on les croit faciles tant qu’on ne les a pas.

Trône

Les responsabilités, c’est l’exigence tout d’abord envers soi, et ensuite seulement envers les autres. Les responsabilités, c’est l’exemple, d’abord parce que c’est normal, ensuite parce que c’est nécessaire pour l’exiger d’autrui. Les responsabilités, c’est la compétence, la compétence à son niveau hiérarchique bien sûr, mais aussi de ceux dont on a la charge (pas dans le détail certes, mais suffisamment pour être dans l’accompagnement si nécessaire, et surtout pour n’exiger que le possible).

Et puis des responsabilités, je ne comprends pas pourquoi en vouloir ! Soyons honnête. N’avons-nous pas suffisamment à faire avec nous-même ? Sommes-nous exempts de défaut au point d’être légitime à vouloir commander les autres ?

Reconnaissons nos défauts

Il vous reste des défauts, et vous en êtes parfaitement conscient.

Si ce n’est pas le cas vous pouvez fermer la page de l’article et aller faire le beau devant votre miroir. Peut-être valez-vous plus que votre reflet parce que vous êtes fait de chair et d’os, mais, de vous à moi, vous ne méritez pas de commander à autrui.

Par contre, si vous êtes bien conscient de vos défauts, de votre faillibilité, je dirais : de votre humanité ; alors peut-être êtes-vous digne d’exercer un poste de leader. Vous vous rappellerez dans les moments où vos subordonnés commettrons des erreurs, que vous aussi vous auriez pu en faire. D’ailleurs, peut-être avez-vous déjà commis les mêmes. Ça ne veut pas dire ignorer la faute ou l’accepter comme telle, ça veut dire y remédier en considérant bien que celui qui l’a fait est un être humain.

Nos subordonnés sont des humains

Considérer un subordonné comme un être humain, c’est faire preuve d’empathie. D’aucuns considèreront l’empathie comme de la tolérance excessive ou du laxisme, j’y verrai plutôt le choix d’user d’une mesure équivalente à celle dont nous usons pour nous pardonner, et parfois c’est difficile, on est bien d’accord.

Voyons dans chaque homme quelqu’un qui fonctionne comme nous : mange (quand il peut), dort (en a besoin en tout cas), a des émotions, des peines et des joies, qui peut se montrer généreux ou cruel. Sa beauté, sa laideur, son intelligence, son ignarerie ne doivent pas être des sources d’éloignement.

« Être dur mais juste » ?

Être dur et ferme, c’est facile, tant que c’est envers les autres.

Exiger des autres qu’ils se dépassent, c’est facile aussi. Se dépasser soi-même est plus difficile. Mais que pensez-vous de : se dépasser pour les autres ?

Leader

Généralement on veut être chef pour soi, mais la motivation ne devrait-elle pas être de vouloir l’être pour les autres ? Un chef, c’est celui qui réunit les disparités de son équipe pour que chacun se trouve bien à sa place en fonction de ses aptitudes. Bien loin d’écraser et diviser, il élève et fédère. Il crée une force.

Être d’une noble étoffe

Alors je me demande encore qui sont ces gens qui réussissent à être chef. A être de bons chefs j’entends. Ni petits, ni médiocres. Ceux qui sont justes, ceux qui savent s’oublier, ceux qui exigent le meilleur sans provoquer le désarroi, le doute ou le désespoir. Ceux que l’on veut suivre. Ceux qui ont ce pouvoir de nous rendre meilleur. Ceux dont on entend encore la voix malgré cette distance qui nous sépare. Ceux dont le simple souvenir nous remotive et nous pousse à être digne. Digne d’eux, digne pour eux, digne comme eux.

Oui je vous le dis, vous qui venez sur ce blog, vous qui souhaitez développer votre leadership, ne venez pas ici pour vous mais pour les vôtres. Accompagnez votre équipe dans l’intérêt collectif et non dans le vôtre. C’est seulement à ce prix que vous serez digne d’avoir estime et reconnaissance, n’en rougissez pas : elles vous sont dues.

Telle est ma vision des questions que nous devons nous poser, ma vision de ce que nous devons être lorsque cette noble tâche nous est confiée.

Merci de m’avoir lu, pardon si mes propos vous ont brusqué. Si tel est le cas, les commentaires sont à votre disposition pour me répondre…

Pierre-Favre Bocquet, du blog apprendreaconvaincre.com

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